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by Pierre

- Mon soldat inconnu -

17 Mars 2012 , Rédigé par Pierre B.

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Jaunie par les années, elle trônait au fond d'un carton de vieilleries.
Je l'ai devant les yeux. Cette carte, ce souvenir.
Je ne me lasse pas de la regarder.
Je contemple avec respect cet homme.
J'ai l'impression qu'il me regarde.
Je passe de longues minutes devant ce morceau de carton.
J'ai envie de lui écrire. Je me lance.

 

 Cher Victor,

 

Je ne te connais pas. Tu n'es qu'un nom : Victor Festas. Et pourtant, je suis ton descendant, tu es mon ancêtre.
J'aime beaucoup te regarder. Tu es beau avec ton bel uniforme du 133è régiment d'infanterie. Oh, je ne sais pas bien ce que cela représente un régiment. Pour moi, ce n'est qu'un numéro, une notion abstraite. J'ai recherché sur internet, on dit que ce régiment a été surnommé « le régiment des Lions ». Mais toi, tu sais mieux ce que cela signifie. Tu as dû t'y faire plein de camarades.
C'est écrit que tu es mort au Champ d'honneur, au col de Mandray. J'ai lu qu'il y avait eu des combats violents là. C'est ici que tu as trouvé la mort, le 2 septembre 1914. La guerre ne venait que de débuter. Elle allait durer quatre années de plus. Toi, tu n'avais que 26 ans... Même si la vie n'était pas facile à cette époque là, tu avais encore beaucoup de choses à faire, à découvrir. Nous avons beaucoup de chance aujourd'hui. Nous ne manquons de rien.
Tu es mort à 26 ans. La guerre, la France t'ont arraché à ta famille. Tu t'es sacrifié pour quelques conflits politiques. Des millions d'hommes l'ont fait. Des deux côtés.
Moi, je vais bientôt avoir 20 ans. Et lorsque je soufflerai mes 27 printemps, j'aurai une pensée pour toi. Parce que très injustement, on t'a empêché de les souffler.
Quand je regarde ta photo sur la carte, j'ai l'impression que tu me regardes. J'espère que de là où tu es, tu es fier ce que ta famille est devenue. Tout n'a pas été toujours très rose, mais nous faisons de notre mieux.
J'étudie l'histoire. Grâce à tout ce qu'on m'enseigne, je sais pourquoi la France t'a appelé pour combattre. J'ignore si tu étais confiant ou non, fier ou non d'aller défendre ta patrie. Sache que cela n'a pas empêché, 20 ans plus tard, qu'un autre conflit éclate. Certains de tes descendants y sont morts également.
Je regarde ton portrait avec un profond respect. Tu un héros. J'espère que tu n'as pas trop souffert avant de t'en aller. Peut-être ta dernière pensée a été pour ta famille. J'espère alors que cela t'a réjouit.
Aujourd'hui, nous sommes en 2012. Cela fera bientôt 100 ans que tu es mort. Sache que, même si je ne t'ai pas connu, je ne t'oublie pas. Comment je t'oublierais d'ailleurs ? Toi, qui me regarde, avec ta belle moustache. Tu es décidément très beau. J'aurais aimé te connaître.
Faire la guerre, c'est très courageux. J'ignore si j'en serais capable. J'imagine que toi non plus, l'idée ne t'a pas réjouit, mais tu y es allé. Peut-être as tu été volontaire, peut-être as tu simplement répondu à l'appel de la mobilisation.
Tu as sans doute remarqué que je me pose beaucoup de questions. J'aimerais tant te rencontrer. Tu pourrais alors résoudre toutes mes interrogations. Parce que ça, je ne le lis pas dans mes livres d'histoire.
Peut-être même que nous avons des points communs ! Un trait de caractère, une particularité physique, que sais-je. J'ai envie de savoir tout ce qui nous relie.
C'est très étrange de t'écrire. J'y prends un immense plaisir, mais je dois t'avouer que je verse quelques larmes par moment. Bah, qu'importe.
Là où tu es, tu as été rejoint depuis presque un siècle par un tas de membres de la famille. Je vais te demander une petite faveur. Prends bien soin de mon papa s'il te plaît. Il me manque ici. Peut-être qu'il te parle de moi. Alors, tu me connais sans doute un peu.
Je n'ai pas encore 20 ans. Quand tu avais cette âge, tu n'avais plus que 7 ans à vivre. Bien sûr tu ne le savais pas, mais le compte à rebours était déjà lancé.
Je me rends compte que j'ai déjà beaucoup écrit ! Peut-être que toi aussi tu aimais écrire.
Je ne sais pas comment finir ma lettre, mais, voilà, Victor, tout ce que j'avais envie de te dire.
Prends bien soin de toi,

 

Pierre 

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Philippe 12/05/2012 16:47

Bonjour Pierre

Très beau texte..Le lieutenant Victor Alphonse Alfred Festas est tombé au col des Journaux , voici sa citation Lieutenant commandant une section de mitrailleuses a toujours eu la plus belle tenue
au feu, est tombé mortellement frappé au combat du col des Journaux le 2 septembre 1914.

Cordialement,