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by Pierre

- Quand le général baron faisait le chat -

20 Mai 2012 , Rédigé par Pierre B. Publié dans #Histoire

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Qui d'entre vous a déjà entendu parler du général baron de Marbot ? Sans doute pas grand monde (et c'est encore un euphémisme). Seuls les esprits maladivement accrocs à l'époque napoléonienne. Comme moi oui. Mais enfin, là n'est pas le sujet, je me ferai soigner un jour. Peut-être.
Revenons à nos moutons, ou plutôt à notre mouton (qui s'avera plutôt être un chat, mais chaque chose en son temps). Car c'est de lui dont je veux vous parler aujourd'hui.
Marcellin de Marbot est né en 1782. Issu d'une famille de la noblesse, son père était un gradé dans l'armée. Notre ami Marcellin s'engage dans l'armée lui-même à 17 ans (en 1799), dans les fameux hussards (ces soldats à cheval). C'est, pour la France, une période trouble. Les régimes politiques sont encore très instables 10 années après le début de la Révolution. Et puis, le pays est en guerre.
Faisons court. Arrive un certain Bonaparte. Vous connaissez l'histoire ? Non ? Bon. Il arrive, petit à petit (lui même ne l'était pas. Si vous l'ignorez, un petit coup de molette avec votre souris, et vous arriverez à mon article sur les 10 anecdotes surprenantes à savoir sur Napoléon. Vous le saviez déjà ? C'est que vous me lisez régulièrement, un point en plus). D'abord comme militaire, il s'impose comme un chef incontesté. Puis il s'affirme comme un homme de pouvoir. En 1799, à la date où notre ami Marbot s'engage chez les hussards, Bonaparte (après un coup d'Etat, le fameux coup d'Etat du 18 Brumaire) est devenu consul de la République. Et puis, en 1804, il est proclamé empereur des Français. C'est le début de l'empire napoléonien, qui s'effondre en 1815 à la bataille de Waterloo.
Mais Napoléon n'est pas ici l'objet de mon propos.
Marcellin s'est engagé chez les hussards en 1799. Il monte en grade, participe aux grandes batailles de l'empire: Austerlitz, Wagram, etc. Il est même à Waterloo. Il fait partie de l'entourage de certains maréchaux (les plus hauts gradés de l'armée) de Napoléon. Il côtoie également l'empereur. C'est même Napoléon qui, du fin fond de son exil saint-hélénien, écrit dans son testament : " J'engage le colonel Marbot à continuer d'écrire pour la défense de la gloire des armées françaises et à en confondre les calomniateurs et les apostats. "
Plus tard, il est l'aide de camp du fils de Louis-Phillipe (le roi des Français de 1830 à 1848).
Comme on dit, il en a vu!!
Il en a tant vu, qu'il a décidé d'écrire ses mémoires. Elles sont très célèbres et ont connu un succès considérable à l'époque de leur parution, en 1891 (c'est l'époque de la littérature napoléonienne). Pour beaucoup d'experts de l'époque impériale, elles sont considérées comme un roman historique : beaucoup d'éxagérations, un récit parfois vague et imprécis, des passages repris d'autres mémoires. Bref, ce n'est pas une source historique qu'on qualifie de première main.
N'empêche que ses mémoires sont absolument délicieuses à lire. Il nous prend par la main, nous emmène avec lui, sur son cheval à travers la France, l'Espagne, la Prusse, etc. Et on se laisse emporter par sa verve. Mêlant anecdotes militaires, politiques ou personnelles, on a l'impression d'y être. Il en rajoute, cela est vrai. Mais, quel plaisir de le lire!
Je me pose parfois la question, entre deux pages, de savoir pourquoi suis-je autant attiré par le personnage de Marbot. Peut-être parce que nous avons tous besoin, à un moment ou un autre dans notre existence, d'avoir un héros. Un garçon de 17 ans qui, au sortir de la Révolution française, devient un hussard, côtoie Napoléon, parcours les champs de bataille à cheval ? Ah, combien de fois pendant mes lectures je m'imagine à sa place. Peut-être est-ce vraiment enfantin et naïf. N'empêche qu'au fond de moi, et au fil de ses mots que je lis, il résonne comme un héros. A l'heure d'un monde étrange que j'ai parfois du mal à comprendre et à apprécier, s'évader vers ses temps anciens, et en même temps accessibles, c'est pour moi un moment que j'apprécie particulièrement.
Vous vous demandez peut-être quel est le rapport entre l'article que vous êtes en train de lire, et le titre de ce même article ? J'Y VIENS!
Dans le premier chapitre des mémoires, Marbot nous raconte son enfance. Il nous raconte alors une anecdote qui, lorsqu'on imagine l'homme qu'il est devenu par la suite, fait franchement sourire, et même rire (oui j'ai ri! Et alors!). C'est donc en citant le général baron de Marbot que je termine mon article.
  
" Je n'avais que trois ans lorsqu'il advint; mais il fut si grave, que le souvenir en est resté gravé dans ma mémoire. Comme j'avais le nez un peu retroussé et la figure ronde, mon père m'avait surnommé le petit chat. Il n'en fallut pas davantage pour donner à un si jeune enfant le désir d'imiter le chat; aussi mon plus grand bonheur était-il de marcher à quatre pattes en miaulant, et j'avais pris ainsi l'habitude et monter tous les jours au second étage du château, pour aller joindre mon père dans une bibliothèque, où il passait les heures de la plus forte chaleur. Dès qu'il entendait les miaulements de son petit chat, il venait ouvrir la porte et me donnait un volume des oeuvres de Buffon dont je regardais les gravures pendant que mon père continuait sa lecture. Ces séances me plaisaient infiniment; mais un jour ma visite ne fut pas aussi bien reçue qu'à l'ordinaire. Mon père, probablement occupé de choses sérieuses, n'ouvrit pas à son petit chat. En vain, je redoublai mes miaulements sur les tons les plus doux que je pus trouver, la porte restait close. J'avisai alors, au niveau du parquet, un trou nommé chatière, qui existe dans les chateaux du Midi au bas de toutes les portes afin de donner aux chats un libre accès dans les appartements. Ce chemin me paraissait être tout naturellement le mien ; je m'y glisse tout doucement. La tête passe d'abord, mais le corps ne peut suivre; alors je veux reculer, mais ma tête était prise, et je ne puis ni avancer ni reculer. J'étranglais. Cependant, je m'étais tellement identifié avec mon rôle de chat, qu'au lieu de parler pour faire connaître à mon père la fâcheuse situation dans laquelle je me trouvais, je miaulais de toutes mes forces, non pas doucereusement, mais en chat fâché ; en chat qu'on étrangle, et il paraît que je le faisais d'un ton si naturel que mon père, persuadé que je plaisantais, fut pris d'un fou rire inextinguible. Mais, tout à coup les miaulement s'affaiblirent, ma figure devint bleue, je m'évanouis. Jugez de l'embarras de mon père, qui comprit alors la vérité. Il enlève, non sans peine, la porte de ses gonds, me dégage et m'emporte sans connaissance dans les bras de ma mère qui, me croyant mort, eut elle-même une crise terrible. Lorsque je revins à moi, un chirurgien était en train de me saigner. La vue de mon sang, et l'empressement de tous les habitants du château groupés autour de ma mère et de moi, firent un si vive impression sur ma jeune imagination, que cet événement est resté fortement gravé dans ma mémoire. "
 
Mémoires du général baron de Marbot, aux éditions Mercure de France.

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